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L'EMPIRE ROMAIN ET SON DESTIN MILITAIRE.


AVANT PROPOS

Cette étude ne prétend pas reprendre une histoire de Rome et de son armée mais simplement s'adresser aux passionnés qui s'intéressent à l'antiquité romaine. Les pages qui suivent sont l'expression d'un amateur qui n'oublie pas ce qu'ont déjà fort bien écrit nombre d'historiens.

Paul Catsaras.


L'auteur de cet article, en uniforme de légionnaire romain.

A la fin de la République l'armée va subir des profondes mutations. A la mort de Jules César, assassiné au sénat en 44 av. J.C, son fils adoptif Octavius tua les meurtriers du dictateur et finit par vaincre ses concurrents à l'issue d'une guerre civile (44-27 av. J.C). Octave prit le titre d'Auguste (vénérable) et régna seul en dépit du respect qu'il avait du sénat. Il instaura un régime appelé " principat " qui était en fait une monarchie déguisée en république.
Auguste et son conseil décidèrent après la guerre civile de ramener le chiffre des légions à vingt huit (liste des légions à la fin de l'ouvrage) soit 500 000 hommes alors que leur nombre pendant la guerre avait atteint soixante légions. Auguste était déterminé à poursuivre l'œuvre de Jules César. Il pacifia le Nord-Ouest de l'Espagne (28-25 av. J.C) et les Alpes (10-6 av. J.C), mais abandonna tout espoir de conquérir la Germanie jusqu'à l'Elbe, après la défaite du général Varus dont les trois légions, la XVII ; la XVIII, la XIX furent anéanties aux alentours de la forêt de Teutberg (Rhenanie-Wesphalie). En orient il annexa l'Egypte (26-19 ap. J.C) ainsi que la Galatie (25 av. J.C) et la Judée (6 av J.C).
C'est alors que sous le principat d'Auguste après les revers subis l'empire atteint donc ses limites : les dieux en avaient décidé puisque les conquêtes ne pouvaient plus s'étendre.

ORGANISATION GEOGRAPHIQUE DES LEGIONS

Sous le haut empire, l'armée romaine comptait 28 légions. :
3 en Grande Bretagne face aux Pictes.
8 sur le Rhin.
8 sur le Danube face aux germains.
4 sur l'Euphrate face aux Parthes.
1 en Syrie.
1 en Judée-Samarie qui tenait en respect les mouvements fondamentalistes juifs.
2 en Egypte.
1 en Afrique proconsulaire (Numidie, Maurétanie) qui tient en respect les nomades Musulami.
1 en Espagne.
2 en Dacie (Roumanie) après la conquête de Trajan (105 ap. J.C).

LES CAMPS

Les légions étaient comme nous venons de le dire installées sur toutes les frontières de l'empire.
Le camp présentait le même caractère que durant la République, mais petit à petit l'armée allait se sédentariser le long du " limes " (nom donné aux frontières). Le camp allait se transformer en une véritable petite ville, les tentes en maisons de pierres ou de bois. Le général habitait un petit palais au centre du camp (praetorium).
Le camp devint au fil des années une véritable ville, avec ses marchands, ses artisans, et les femmes (concubines des militaires ou épouses d'officiers) et les enfants s'y installèrent aux alentours.
Des villes allaient naître ainsi : citons, Argentovaria (Strasbourg), Augusta Treveromum (Trèves), Bonna (Bonn) etc.

LA FRONTIERE (LIMES)

Au cours du I er et II siècle ap. J.C la frontière de l'empire atteignait 10 000 km terrestre dont 120 000 km de voies connues. Elle était délimitée par des fleuves (Rhin -Danube), désert, forêts impénétrables. Puis fut construit par endroit un mur de bois et de terre et à partir de Vespasien en pierres muni de tours tous les dix kilomètres. Ce gigantesque mur était gardé par les troupes auxiliaires.

LE FANTASSIN DU HAUT EMPIRE

Sous le haut empire le soldat (miles) se différencie à peine de l'époque républicaine.
A partir de Tibère apparaît le légionnaire classique bien connu de tous. Il porte le casque impérial gaulois (renforcé sur la nuque), la fameuse armure à segments (segmentata, type Corbridge), très onéreuse. Mais on suppose que cette armure n'équipait que certaines unités d'élites (la première cohorte de chaque légion et la garde prétorienne). Chaque légionnaire payait son équipement. On pense donc que la cotte de maille était la tenue la plus courante. Le légionnaire portait un grand bouclier de bois recouvert de cuir pesant 6kg environ et peint aux couleurs de la cohorte. Les deux pilums (léger et lourd) le gladius et le poignard (peut-être abandonné à la fin du second siècle).
L'effectif des légions était fixé à 150 000 hommes. La durée du service était de vingt-ans, aussi suffisait-il de lever (dilectus) chaque année un contingent de 10 000 hommes dans l'empire pour renouveler les effectifs.

LES TROUPES AUXILIAIRES

C'était des cohortes d'infanterie de 50 à 1000 hommes (cohorte quingennaria et milliari). Ces troupes étaient levées dans les provinces conquises et combattaient le plus souvent avec leurs armements et selon la tradition de leur pays. Chaque cohorte comprenait 6 ou 10 centuries. Il existait aussi des cohortes mixtes (cohorte equitata) composées de fantassins et d'unités de cavalerie de 120 à 240 cavaliers (dess 8).

LA CAVALERIE LEGIONNAIRE

A partir d'Auguste la cavalerie fut organisée en alae de 500 hommes, puis des unités de 1000 cavaliers furent créés à la fin du premier siècle. Ces alae étaient divisées en turmae de 30 à 40 cavaliers chacune. Elles étaient commandées par un décurion lui-même sous l'ordre d'un préfet. Chaque Aile de cavalerie avait un étendard différent (un vexillium), et chaque turme une enseigne (signum).

LA SOLDE

Auguste et ses successeur s'attachèrent la fidélité des soldats par une solde de plus importante (225 deniers d'argent sous Auguste et 675 sous le règne de Dioclétien). Un évènement exceptionnel (nouvel empereur, victoire etc.) entraînait une distribution d'argent (donativio); l'armée engloutira 195 millions de deniers par an.
Sur chaque Avers de la pièce de monnaie le portrait de l'empereur rappelait au soldat à qui il était redevable quand il recevait sa solde. L 'armée le comprit rapidement, on connaît la phrase célèbre que l'empereur Septime Sévère dit sur son lit de mort à son fils " enrichissez les soldats et moquez vous du reste ".

L'ARMEE AU IIe SIECLE AP.JC

Trajan (98-117) succéda à (Nerva (96-98). Rome lui doit la conquête de la Dacie (Roumanie) de (101-106) en (105), de l'Arabie jusqu'au Golfe Persique, ainsi qu'une grande campagne contre les Parthes (114-117). Quand il mourut à Sélinonte (Asie mineure) l'empire était à son apogée; Son fils adoptif Hadrien un intellectuel curieux et réaliste, hérita du trône. Le temps des conquêtes était terminé. Hadrien passa le plus clair de son règne à renforcer l'empire sur les frontières, les défenses furent renforcées en Germanie, en Angleterre avec la construction en pierres du limes et en Afrique. C'est à cette époque qu'est institutionnalisé les numeri, troupes auxiliaire levées directement sur place avec les éléments ethniques de la province d'origine.
Il faut noter la disparition de deux légions : la XXII Déjotarienne et la IX Hispana, peut-être détruite par les Pictes (Ecosse).

LE IIIe SIECLE

Sous la dynastie des Sévères l'empereur Caracalla donnait par un édit, le droit de citoyenneté à tous les hommes libres de l'empire, élargissant ainsi l'assiette de l'impôt. La solde des Militaires augmenta de 50%. Mais cet édit ôta définitivement à l'armée son principal avantage : la fin de l'intégration des différents provinciaux (auxiliaires). Comme l'a bien écrit le grand historien allemand Rostovtzev : " tout le monde était désormais citoyen, c'est à dire que personne ne l'était plus ".
Malgré de nouveaux privilèges accordés aux légionnaires : relèvement de solde, port de l'anneau d'or jusqu'à là réservé aux centurions etc. Les citoyens se désintéressèrent définitivement de l'état militaire et même des postes de commandement. L'empereur Gallien en 262 passa un édit libérant les sénateurs des obligations militaires. L'état s'appuya dorénavant sur les Chevaliers (ordo equester) et dut employer des mercenaires pour remplacer les citoyens.
A la mort de l'empereur Gordien III tué au combat contre les Perses en 244 (la version la plus plausible et la "res gestae" de Shapur I) L'empire entra dans une période d'anarchie de trente cinq ans.
Ce fut une époque trouble où les soldats n'hésitèrent pas à assassiner les empereurs souvent pour des motifs obscures ou mercantiles : vingt quatre imperators sur vingt sept périrent de mort violente.

LE FANTASSIN

Celui-ci garde la même silhouette que celle des générations précédentes. Cependant la cuirasse articulée (segmentata) est maintenant composée de plaques plus larges et moins nombreuses devenant ainsi plus confortable, (type newstead) laissant une plus grande liberté de mouvement. Le casque traditionnel, du type gaulois impérial fut remplacé par le casque lourd de la cavalerie, protégeant ainsi la tête des coups venant de cavaliers (coup de taille).
Le pilum était toujours employé mais il fut progressivement remplacé par une lance qui permettait de repousser les charges de cavalerie. Le gladius fit place à la longue " sphatha " lame de 84 cm suspendue à un large baudrier de cuir. Le légionnaire pouvait ainsi frapper le cavalier d'estocades pratiquement difficiles avec un gladius classique.
Le bouclier (scutum) était toujours en usage, mais il reprit sa forme ovale.
Les différences entre auxiliaire et légionnaire s'estompèrent définitivement en raison de la "barbarisation" de l'empire et des difficultés de recrutement.

LA CAVALERIE

L'empereur Gallien (253-268) augmenta les ailes de cavalerie de 10 turmes de 1000 cavaliers chacunes, le chiffre est néanmoins contesté par les historiens.
L'emploi massif de la cavalerie lourde fut une révolution les "Cataphractaires" héritières directes de la cavalerie Sarmates sont des cavaliers cuirassés comme leurs chevaux des pieds à la tête. La cuirasse était tissée de lames de fer et de cuir extrêmement dur elle devenait impénétrable aux coups mais enlevait au cavalier abattu la faculté de se relever.
La cavalerie romaine allait prendre une importance grandissante au cours du III siècle. Alors que l'infanterie restait aux frontières. Les empereurs illyriens (Maximin I, Gallien, Claude II, Aurélien etc.) durent donner à celle-ci une place de plus en plus grande face aux raids Germaniques qui venaient piller l'empire.
Ainsi se créa une masse de manœuvre facile à déplacer au quatre coins de l'empire. Après la mort de Gallien (268) les maîtres de la cavalerie se succédèrent à la pourpre impériale : Claude II (268-270), Aurélien (270-275) (dess n°9).

LES ENSEIGNES

Au III siècle un nouvel étendard le draco d'origine Sarmate. Celui-ci est constitué d'un manche, au sommet se trouve une tête de dragon en bronze et d'un manchon en tissu de couleurs vives et se gonfle de colère sous le vent et l'animait comme si l'animal bougeait. Il fut porté aussi bien par la cavalerie que par l'infanterie et remplaça l'aigle au Ve siècle.
Au cours de la bataille les dragons pourpres ornés d'or et de pierres précieuses se tenaient aux premiers rangs. Le dragon devait garder un grand prestige jusqu'à la fin de l'empire d'occident (476) et fut gardé dans l'empire byzantin jusqu'au Xe siècle et au delà. Il fut l'enseigne de Richard cœur de lion en 1191, au siège de Saint Jean d'Acre lors de la troisième croisade.

L'EMPIRE TARDIF

En 289 Dioclétien, un Illyrien prit le pouvoir et redressa l'empire. Il imposa une réforme politique la "Tétrarchie", le gouvernement fut confié à deux membres égaux les "Auguste", chaque Auguste était assisté d'un "César". Une nouvelle société se mit alors en place.

L'ARMEE SOUS L'EMPIRE TARDIF 284-476

L'époque romaine au IVe siècle a été longtemps ignorée ou méprisée par les historiens des siècles passés. Ceux-ci imaginaient l'empire en décadence comme une orgie sans fin, avec des soldats absents et des braves chrétiens prêchant une morale austère à des dépravés, alors que des barbares hirsutes dévastaient tout. Aujourd'hui nous savons que ce n'est pas la réalité, la société romaine du IVe siècle et son armée ont lutté contre tous les ennemis de l'empire, à l'intérieur (chrétiens, brigands) et l'extérieur : tribus germaniques au nord et perses en Orient sous l'autorité d'empereurs résolus.

L'ORGANISATION

Dioclétien réorganisa l'armée dans sa totalité. La légion n'a rien à voir avec celle de la période précédente. Végèce (historien qui vécut sous le règne de Théodose note : "la légion" n'est plus q'un nom qui persiste aujourd'hui dans l'armée.
Au cours des IV et V siècle le nombre des légions atteignait 175. Chacune se composait d'environ 500 à 1000 hommes, susceptibles de faire campagnes Il faut y ajouter les troupes de garnisons qui gardaient les côtes, ou celles qui restaient aux frontières. Ces pseudo-légions étaient réunies pour former ce que l'on peut appeler un corps d'armée : la "Tagmata". Ces troupes étaient soutenues au combat par des unités d'élite recrutées parmi les germains en majorité "les Auxilia Palatina".

LE FANTASSIN

Le légionnaire romain était en général d'origine Germanique, Gaulois ou Orientaux malgré cette différence de costume et de mentalité, c'est peut-être à ce moment de l'empire que le costume fut le plus standardisé. Rappelons que sous la République et le haut empire le soldat romain achetait lui-même son équipement auprès d'artisans qui parfois suivaient les armées et comme nous l'avons vu il avait des armes de très bonne qualité.
A partir de Dioclétien l'état fournissait le matériel qui primait par la quantité et non par la qualité. Cela permettait de contrôler toute l'armée. Seul l'état dorénavant pouvait produire, acheminer et distribuer l'armement et les pièces d'équipement.
Le légionnaire portait la cotte de maille à manches longues et qui parfois pouvait lui couvrir la tête (seuls les officiers portaient l'armure (éclatante, étincelante, comme l'écrit Ammien Marcellin).
Le casque était simplifié à l'extrême, composite, fabriqué en trois parties tenues par des charnières rivetées. Il couvrait les joues et la nuque et parfois possédait une tige d'acier "un nasal " qui préfigurait les casques des chevaliers du moyen-âge.
L'épée "spatha" accompagnait le bouclier ovale ou rond, au dessin parfois étranges. La nouveauté c'était la "plumbata" un dard plombé, qu'on lançait comme des fléchettes. Végèce écrit " il portait toujours cinq de ces dards cachés dans l'intérieur de leurs boucliers. En les lançant à propos, tel qui n'est armé que de la lance et du bouclier fait tout à coup l'office d'archer".
Soulignons qu'il était devenu très difficile de trouver des soldats en Italie, les citoyens faisaient tout leur possible pour éviter l'armée au point que les recrues sont marquées au fer sur le dos de ma main d'un "M".

LA CAVALERIE


Gravure de Le Coeur - 1785

La cavalerie fut l'élément dynamique de l'armée. Cavalerie lourde avec les cataphractaires (cuirassier), cavalerie légère avec des troupes très mobiles d'origine souvent Orientale (Numides ou Arabes connues pour leurs férocités).
Dioclétien et ses successeurs dotèrent la cavalerie d'une nouvelle structure remplaçant les détachements de véxilliaires par les "scholes palatines" cavaleries de choc. Chaque "scholes" comptait environ 1000 cavaliers. Les romains constituèrent aussi une cavalerie auxiliaire nombreuse composée d'Alains, de Huns et de Goths. Il faut noter que l'Occident avait une cavalerie inférieure à celle de Constantinople, dés leur séparation en deux états en 395 aprés J.C.

LE CORPS DES OFFICIERS

L'armée était structurée d'une manière pyramidale. L'empereur régnait en maître absolu, il est le "Domina" l'émanation des dieux ou de dieu sur terre (avec la victoire du christianisme après sa reconnaissance par Constantin).
Sous les ordres de l'empereur l'armée était commandée par le "magister Equitum" pour la cavalerie le "Magister Peditum" pour l'infanterie. Un préfet ou tribun commandait une légion.
Le titre de centurion disparu, il fut remplacé par celui de "Centenier" ou "Ordinarius".
Le porteur de dragons ou "Draconarius" était un officier, il portait un torque celtique, signe de sa distinction.
Le "Campigenus" était l'officier instructeur.
Une légion était commandée dans l'ordre hiérarchique par :
Le Triburius, le Vicarius, le Primicerius (Domesticus), le Senator, le Ducenarius, le Centenarius, le Biarchus, le Circitor, le Draconarius , le Semissalis, le Campidotor , le Tubator.
Végèce souligne que de son temps (vers 380) les promotions se faisaient par favoritisme et non selon le mérite.

L'ARTILLERIE

Elle n'a pas évolué durant l'empire tardif


CONCLUSION

Pour conclure nous laisserons la parole à l'orateur grec Libianus (314-393 ap. J.C) après le désastre d'Andrinople (378), qui vit la défaite et la mort de l'empereur Valens et de toute son armée devant les Goths : "certains accusent nos généraux, d'autres nos soldats, affirmant que les généraux n'ont pas correctement entraîné les hommes sous leur commandement, ou que les soldats étaient lâches. Quand à moi je respecte le souvenir des combats qu'ils ont menés, le courage avec lequel ils ont répandu leur sang. N'attribuons pas le succès des Barbares à la lâcheté, à la faiblesse, au manque d'entraînement. La valeur des soldats et des chefs était la même que leurs ancêtres et ils ne leurs étaient inférieurs ni en technique militaire ni en instruction. Leur amour de la gloire les a fait combattre la chaleur et la soif, le feu et le fer et préférer la mort à la fuite. Comment alors l'ennemi nous a surpassés ? Je suis convaincu que la colère des dieux contre nous en est la cause".

Paul Catsaras


PAVLVS FELIX


LEGION VIII - AVGVSTA - COHORTE II

LEG VIII