Alors certains se sont approchés de Jésus pour le faire tomber dans le piège des impasses humaines. Les Pharisiens étaient partisans de ne pas payer l'impôt, tandis que les Hérodiens l'acceptaient. Bien qu'ils fussent opposés en temps habituels, ils sont venus ensemble pour tendre un piège à Jésus. La question posée était simple : "
Faut-il verser l'impôt à César ? " Le piège était le suivant : si Jésus répondait oui, les Pharisiens pouvaient le discréditer devant le peuple, et s'il répondait non, les Hérodiens pouvaient le dénoncer aux Romains.
A la question posée, Jésus répond qu'on lui montre un denier. Et la première remarque que l'on se fait, c'est que Jésus n'a pas un denier : il est pauvre. On apporte donc à Jésus un denier et il l'observe. Il y voit ce qu'on pouvait y voir alors : l'effigie de l'empereur, entourée d'inscriptions. Celles-ci exprimaient, souvent en abrégé, le nom et les qualités attribuées à l'empereur. Or, il se trouve que nous sommes sous le règne de Tibère : arrivé au pouvoir en l'an 15 de l'ère chrétienne, il devait mourir en 37, laissant le souvenir d'un tyran. Comme Auguste, il avait reçu le titre d'imperator, qui lui conférait l'autorité suprême, et surtout, qui en faisait un être promis à devenir un dieu, pour peu que son règne apporte la paix et la prospérité aux Romains (déjà, aux Ides de Mars, Jules César, le prédécesseur d'Auguste, avait reçu le titre de divus, et après sa mort, on avait édifié un temple au forum pour le célébrer). Il devait alors recevoir du Sénat les honneurs de l'apothéose, c'est-à-dire la reconnaissance de sa divinité, ce qui donnerait lieu à l'organisation d'un culte et l'édification d'un temple. Mais Tibère laissera un tel souvenir que personne ne demandera son apothéose. Son successeur, Caligula, tentera tout pour se faire diviniser de son vivant. Il ira même jusqu'à faire ériger sa propre statue dans le temple de Jérusalem, ce qui ne sera pas sans provoquer des troubles violents.
Après avoir considéré le denier Jésus demanda à ses adversaires : "
De qui sont l'effigie et les noms qu'on a gravés ? " . "
De César ", lui répondirent-ils. Jésus marque une certaine insistance à demander qu'on regarde de près la pièce de monnaie. Dieu est toujours présent aux choses simples et concrètes. Il n'y a qu'un seul empereur et son image est reproduite en centaines de milliers d'exemplaires. Et chaque pièce porte un message de gloire. Tel est le premier constat. Mais alors, où Jésus veut-il en venir ? "
Eh bien ! rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. "
Peinture flamande - Ecoles du Nord - vers 1620
Artiste original : Petrus Paulus Rubens
Francis