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ARCADIUS





Nom. Flavius Pius Felix Arcadius.

Naissance. A la fin de l'année 377, en Espagne, à l'époque où son père vit retiré dans sa propriété de Cauca, près de Valladolid.

Père. L'empereur Théodose 1.

Mère. L'impératrice Aelia Flacilla.

Portrait. On le dit petit, chétif, faible d'intelligence, de caractère et de santé. Son incapacité à gouverner est telle que le petit peuple n'hésite pas à le rendre responsable même des incendies, des tremblements de terre, des famines, des ravages commis par les sauterelles, bref, de tous les maux qui frappent l'empire durant son règne.

Mariage. Le 27 avril 395, il épouse Aelia Eudoxia, la fille du Franc Bauto, un des plus fidèles serviteurs de l'Etat. Elle lui donne cinq enfants. Elle meurt le 6 octobre 404, lors d'une fausse couche.

Cursus. . Proclamé Auguste le 19 janvier 383, on ne connaît de lui qu'un seul "haut fait" avant qu'il ne remplace effectivement son père en 395. Il hait à ce point Galla, sa belle-mère, c'est-à-dire la seconde épouse de Théodose l, qu'il n'hésite pas à la chasser du palais.

Dies imperii : 19 janvier 383.

Règne. Avant de mourir, à Milan, le 17 janvier 395, Théodose 1 confie ses deux enfants Arcadius et Honorius à son général Stilichon, le plus sûr soutien du trône impérial.
Or, à Constantinople, un Aquitain d'Eauze en Novempopulanie (Gascogne), un homme de basse condition, mais qui, grâce à sa prestance, son éloquence et son intelligence, est parvenu à s'élever aux premiers postes, profite de sa charge de préfet du prétoire, pour s'emparer du pouvoir effectif de l'Orient. Il se prénomme Rufin. Il réussit si bien à circonvenir le faible Arcadius, qu'il se met à rêver pour sa famille de la pourpre impériale en offrant à l'empereur sa propre fille en mariage. Lorsqu'il apprend le départ d'Italie de Stilichon pour Constantinople, il obtient sans peine d'Arcadius l'envoi d'un ordre à ce général de demeurer en Occident et de ne point se mêler des affaires de l'Orient.
Stilichon, qui entend jouer le rôle que lui a confié Théodose 1, obtempère certes, mais, par personnes interposées, il obtient tout de même l'élimination de Rufin.
Eutrope, le grand chambellan, qui rêve de prendre la place de Rufin, fait avorter le projet de mariage que concocte Rufin en réussissant à rendre l'empereur amoureux d'Eudoxie, la fille du Franc Bauto, décédé depuis peu. Dans une mise en scène magistrale, non seulement il fait échouer le projet, mais il fait encore de Rufin la risée de tout Constantinople. Il faut lire la page savoureuse que Zosime nous a laissée sur ce mariage de ... dupes.
"Comme (Eutrope) constatait que l'empereur écoutait volontiers ses propos, il lui montra un portrait de la jeune fille. Il fit ainsi accroître le désir d'Arcadius et le persuada de la choisir pour femme; cependant Rufin ne savait rien de ce qui se tramait et croyait plus fermement que jamais que sa fille serait l'épouse de l'empereur et que sans tarder il partagerait le pouvoir avec lui.
Quand l'eunuque eut constaté que sa manoeuvre en vue de ce mariage lui avait réussi, il ordonna au peuple de se réjouir et de porter des couronnes, se/on l'usage à l'occasion d'un mariage impérial. Il prit dans le palais un vêtement qui convenait à la dignité impériale ainsi que des parures, les remit pour qu'ils les emportent à des serviteurs impériaux et s'avança à travers le centre de la ville, précédé par le peuple.
Alors que tous croyaient que ces présents allaient être offerts à la fille de Rufin et faisaient cortège à ceux qui les portaient, et quand ceux-ci arrivèrent devant la maison de Promotus (où résidait Eudoxie), ils y pénétrèrent avec les cadeaux de fiançailles, les remirent à la jeune fille... et révélèrent ainsi qui allait être l'épouse de l'empereur."
Une telle mise en scène tramée contre Rufin dans le secret le plus absolu et exécutée avec un tel succès, couvre le puissant ministre d'un tel ridicule qu'il perd la face devant tout le peuple. Il n'est pas possible de se laisser tromper à ce point quand on occupe un poste qui réclame ruse et dissimulation.
Stilichon envoie ensuite à Arcadius les troupes d'Orient que Théodose avait emmenées avec lui en Occident. Beau geste, certes! Mais il place à leur tête le Goth Gainas en lui demandant d'éliminer Rufin aussitôt arrivé. Mission accomplie, le 27 novembre 395, lorsque Rufin vient inspecter ces troupes au camp militaire de l'Hebdomon, près de Constantinople. Celles-ci l'entourent et l'assassinent.
Mais ce meurtre ne profite pas à Stilichon. Eutrope s'est empressé de prendre la place de Rufin.
Maître de l'Orient, celui-ci ne peut ou ne veut empêcher le Wisigoth Alaric de razzier impunément la Grèce, de prendre Athènes, de réduire en cendres Corinthe et de ravager le Péloponèse. Mais il parvient finalement à obtenir d'Alaric qu'il aille s'installer en Illyrie orientale, c'est-à-dire aux portes même du domaine de Stilichon, faisant ainsi d'une pierre deux coups. Il éloigne d'Orient le péril que représente Alaric et, en le refilant à Stilichon, il neutralise ce dernier. C'est le moment que choisit aussi Gainas pour jouer sa propre carte aussi bien vis-à-vis de Stilichon que de l'impératrice. Lui aussi entend devenir le maître de l'Orient. Avec ses Goths (plus de trente mille si l'on compte les femmes et les enfants), il entre à Constantinople à la fin de l'année 399. Mais son coup de main avorte au bout de six mois.
Le désordre et l'insécurité que crée cette horde armée dans tous les quartiers de la ville, provoquent au sein de la population une telle hostilité, que, le 12 juillet 400, une rixe dégénère en un massacre général de ces barbares. Gainas n'a d'autre choix que la fuite. Il tombe aux mains des Huns qui le décapitent le 23 décembre 400. Ils envoient sa tête à Arcadius et Eudoxie. Le sinistre trophée leur est remis le 3 janvier 401, planté au bout d'une pique.
Quant à Stilichon, trop occupé à défendre l'Occident contre les menées d'Alaric il ne peut intervenir de nouveau dans les affaires d'Orient.
L'élimination successive de tous ces ambitieux personnages profite finalement au couple impérial qui peut désormais régner en paix.
Si Arcadius, avec l'appui du patriarche Jean Chrysostome, se met à persécuter l'arianisme et le paganisme toujours vivants malgré les condamnations de Théodose l, Eudoxie, elle, s'en prend à Jean Chrysostome qui n'hésite pas à la comparer à Jézabel et à Hérodiade lorsqu'il dénonce en chaire les scandales de la cour. Par deux fois, elle parvient à le faire exiler.
Arcadius meurt le 1er mai 408 ne laissant pas le moindre souvenir d'une action personnelle, digne d'un fils de Théodose le Grand. Il ne laisse que le souvenir d'un empereur dominé outrageusement par ses conseillers et son épouse. Mais, signe des temps, l'influence et le rôle primordial joué durant son règne par des personnalités barbares démontrent à l'évidence que l'empire romain est en train de verser dans le Moyen Age.

Sources : Zosime, Histoire Nouvelle, V, III, 3-5.

Source : " Les empereurs Romains - 27 av. J.-C. - 476 ap. J.-C. " - François ZOSSO - Christian ZINGG.